Les conditions aspectuelles de l’interprétation événementielle des nominalisations

Danièle Van De Velde
Classé dans : Numéro 22 — 2015

Télécharger / Download

Résumé : Le titre de cet article indique qu’une nominalisation peut, dans certaines conditions, être interprétée comme référant à un événement, sans que cette interprétation soit jamais la seule disponible : un seul et même nom dérivé peut, par exemple, référer (au moins) à un pro-cès, à un événement ou à un fait. L’essentiel de l’article est consa-cré aux conditions auxquelles l’interprétation événementielle est disponible – conditions principalement aspectuelles, dans la mesure où on soutient que l’une des propriétés essentielles des événements est leur ponctualité. Cette propriété impose aux nominalisations évé-nementielles d’avoir pour base un prédicat dont l’aspect soit lui-même intrinsèquement ponctuel ou, sinon, susceptible de le devenir, au prix d’un changement de point de vue. On montre que cette possibilité existe pour les prédicats du type “accomplissement” ou même “état”, beaucoup plus difficilement pour ceux d’activité et pas du tout pour les prédicats de qualité (IL predicates). Il est clair que l’auteur de l’article prend le terme aspect non seulement dans le sens linguistique, mais aussi dans une interprétation de type phé-noménologique, où cette notion renvoie aux divers points de vue que les locuteurs peuvent prendre sur une seule et même chose, ce qui arrive, par exemple, lorsqu’un état, borné mais pourvu d’une certaine durée, est “vu” d’un point de vue extérieur et suffisamment lointain pour valoir comme événement.


Abstract :  

Aspectual conditions of interpreting nominalizations in terms of events

 The starting point of this article is the idea that there are no “event nouns” in the sense of nouns uniquely referring to events: every de-verbal noun can be interpreted as referring, for instance, to an action, a process, an event or a fact. The eventive interpretation itself is context sensitive, but its very existence depends on the aspectual properties of the verbal base. The reason for that dependency lies in the fact that, in our view, the main semantic property of events as such is to be punctual, which implies that the best candidates for eventive interpretation are nominalizations derived from an achievement verbal base. However, any verbal (and even adjectival) predicate can provide a basis for an eventive nominalization, provided that: 1) it is intrinsically bound or can be bound by some external device; 2) its duration can be reduced to nothing. These conditions are aspectual in another, non strictly linguistic sense of the word, since they rely upon the various “points of view” that one can adopt on one and the same thing: a certain state, for instance, although being durative (but also bound) can easily be “viewed” as an event, from an external and distant point of view. In other words, every event appears to be connected to aspect in two different ways: the first one has to do with the aspect of the verbal base of the noun that refers to it, the other with the point of view (in a phenomenological sense) that the speaker is adopting on the situation in point.